Douceur amère
Tendre soirée, calme, douce, simple et réelle.
Mes bras autours d’elle, mes mains caressant les siennes, comme si rien ne s’était passé.
Pourquoi donc ai-je donc ce goût amer? Pourquoi donc ne pourrais-je pas accepter que cette soirée a simplement existé, au delà des reproches et des peurs, au delà de l’amertume et de la tristesse?
Je sais qu’il est trop tôt, que toutes les larmes n’ont pas encore séché, que toutes les plaies ne se sont pas encore refermées.
Mais comment concilier cette lumière et cette force que je sens en moi lorsque mes yeux croisent les siens, avec cette douleur, ce sentiment de dégoût profond pour moi-même, pour la personne que j’ai été.
Je vois désormais en moi cette peur d’être abandonné, alors que je suis le seul à l’avoir vraiment fait.
Souffrir d’avantage pour éviter de souffrir encore. Comment ai-je pu me laisser emporter par cette désolation, laisser tant de place à ce vide qui me ronge?
Pourquoi ne pas lui avoir dit à quel point je l’aimais, alors qu’il était encore temps? Pourquoi donc ce besoin constant de détruire en moi tout espoir, de ne laisser aucune place au bonheur, alors qu’il est là, juste en face de moi?
Si au moins il n’y avait qu’à moi que je faisais du mal.
Comment supporter de la voir ainsi douter, après avoir reçu tant d’amour, vu tant de bonheur dans ses yeux? Comment le supporter alors que je l’ai entraînée dans mon mal-être, que j’ai détruit cette innocence et cette spontanéité qui la rend si belle.
Et finalement, comment le lui dire, comment lui expliquer ce qu’il m’arrive, sans lui faire peur, sans la perdre à tout jamais?
Jamais je n’ai senti mon coeur aussi empli d’amour, d’espoir. Jamais je ne me suis senti aussi prêt à accepter d’être heureux.
Mais jamais aussi mon coeur n’a autant saigné, parce qu’il sait qu’il est peut-être trop tard, qu’il sait qu’il s’est lui-même perdu.
Il n’y a pas de grades dans la souffrance morale. Il y a juste les regrets.
Commentaires
Cher Ostraka,
Sentiments angoissants et durables de vide, d’inconsistance, d’avoir raté sa vie, d’être une victime réduite à tricher, de n’avoir d’autre choix que de manipuler ou de détruire. Efforts désespérés de valorisation par la séduction et/ou le mépris, tout en se créant continuellement un environnement invalidant. Méfiance des autres et agressivité par peur de ne pas être à la hauteur. Dépendance de plaisirs ou de soutiens chimériques. Besoins impérieux, agissements conditionnés, auto-sabotages. Émotions chaotiques, incontrôlables, contrefaites, irréelles, exacerbées à la moindre contrariété, critique ou déception. Terreur de l’introspection. Fuites automatiques de la réalité, malgré la crainte d’en perdre le contrôle. Incapacité de se concentrer, de ressentir de véritable affection, ni de se projeter dans l’avenir. Difficultés relationnelles et d’intimité. Désintérêt, ennui. Pas de véritables amis ou collègues de confiance, qui sont restés à la distance à laquelle ils ont été placés. Refuge dans les réseaux sociaux de substitution. Recherche de candidats à l’asservissement mélodramatique Relations bidons avec des faire-valoir qui tiennent de compagnons de misère et de supports à comportements stéréotypés…Tout cela ne m’est que trop familier.
Par ailleurs, il semble que seuls les comportements impulsifs et suicidaires du borderline diminuent spontanément avec l'âge. Par contre, sans traitement, la colère et la détresse émotionnelle persistent, voire s'aggravent, dans une sorte de « désespoir silencieux » lugubre, qui se se manifeste sous forme d'attachements inquiets et de relations désorganisées, inadaptées, désagréables, ambivalentes, creuses et tristes. Bref, le borderline vieillissant perd du mordant, mais reste acariâtre, inadéquat, asocial et incapable d’intimité normale. Le temps ne joue pas vraiment en sa faveur.
Partageant la vie d’une femme borderline « HP », malheureusement encore prisonnière de son déni, je suis d’autant plus impressionné par ton courage pour oser jeter un regard extérieur et lucide face à toi-même. C’est loin d’être simple et l’on perd ainsi de nombreux pseudo-bénéfices secondaires, comme celui de se voire en victime, accroché aux regards valorisants des autres. Ce qu’on y gagne est par contre inestimable, car il n’y a pas de vide, pas d’abîmes, pas d’abysses, mais uniquement des choses à découvrir dont certaines sans doute pour la première fois…À condition de rassembler les ostrakas.
De même que la véritable misère n’est pas un manque de richesse, mais un manque de culture, je pense que le véritable néant n’est pas un manque d’environnement, mais un manque de perception. Peut-on apprendre la perception ?...oui, sans doute, par l’apprentissage, comme pour une langue ou pour un instrument de musique, de façon indépendante, lucide, subtile, stratégique et surtout par soi-même. Le défi est de taille: se « réhumaniser » après avoir transformé sa vie en « selfmade disaster ».
Ceux qui l’ont fait ne l’ont jamais regretté.
Tiens bon, ça vaut le coup!
Papyrus
Bonsoir Papyrus,
Ton commentaire me touche au plus haut point.
Il est de nombreuses définitions de cette folie qui nous ronge.
Je crois n'en avoir jamais lue de plus cinglante, de plus implacable.
Me concernant je ne vois guère de courage. Quoi d'autre qu'un regard extérieur, quand l'intérieur n'existe plus?
Et quelle lucidité, alors que je ne sais plus si les mots qui sortent de ma bouche viennent réellement de moi?
Je ne sais pas. Peut-être encore un espoir que je fais naître pour le seul plaisir de me voir le terrasser à nouveau?
Après tout, pour pouvoir plonger à nouveau dans les abysses, ne faut-il pas d'abord remonter?
Je suis terriblement désolé de répondre ainsi à ton commentaire, qui il est vrai est empli d'espoir.
Mais il y a des jours comme aujourd'hui où l'espoir est la chose qui fait le plus mal. Mais cela tu le sais déjà.
C'est moi qui suis impressionné par ton courage, par ta lucidité.
Arriver encore à aimer, à ne pas détourner les yeux, à ne penser que c'est impossible, trop tard, ou encore trop tôt.
C'est là un cadeau merveilleux. Et cela fait du bien de savoir que des tels personnes existent, arrivent encore à se battre, simplement parce qu'elles aiment, et qu'elles ne tiennent pas à laisser cet amour s'essouffler, malgré le vide et la tristesse qu'elles peuvent percevoir.
Merci donc à toi.
Sincèrement,
Ostraka
Bonsoir Ostraka,
Désolé pour mes propos tranchés. Il est vrai que je ne suis qu’un pragmatique euthymique et peu sentimental, mais mon vécu m’a poussé à m’orienter autour de moi-même. Je suis peut-être un peu ton contraire. Je gagnerais probablement à augmenter ma conscience d’autrui et toi peut-être à diminuer ta dépendance du regard de l’autre…
Il y a quelques années, je me suis littéralement incrusté dans le borderline de ma femme au point de devenir un véritable « co-borderline ». J’ai neutralisé sa haine et j’ai éteint mes sentiments au point d’avoir du mal à respirer. Épuisé, j’ai dû prendre du recul pour préserver mon équilibre et pour retrouver un peu de sérénité.
Je ne pense pas que le borderline/co-borderline soit une folie individuelle ni à deux, mais plutôt une sorte de dépendance existentielle, que l’on peut soigner et guérir comme d’autres dépendances et comme d’autres maladies tout à fait curables qui n’ont rien d’honteux.
Au risque de te sembler un peu cru, j’ai l’impression qu’on gagne parfois à laisser l’amour un peu de côté, pour mieux régler certains problèmes de fond. L’amour est d’ailleurs un regard à deux dans la même direction, avec des perspectives communes et non pas un regard réciproque dans le blanc des yeux à la recherche d’un quelconque apaisement, non ? Bref, une volonté stratégique lucide n’est peut-être pas très romantique, mais parfois nécessaire et suffisante. Tu connais la métaphore de ceux qui mettent leur soupe froide sur le feu pour la réchauffer et ceux qui cherchent toujours une soupe chaude à mettre dans leur plat froid où elle se froidira inévitablement ?
Tu as fait une chose inouïe : tu as fait sauter le verrou du déni par un pur effort de volonté et cela m’épate. Tout le reste pourra dorénavant se reconstruire petit à petit, par enchaînements, l’estime de soi, le côté agréable des relations, l’affection, l’amour, le sens de la vie etc.
Je me permets de suivre ton blog avec beaucoup d’intérêt car je crois que j’ai beaucoup de chose à apprendre de toi.
Papyrus