Catharsis – 2e séance

La séance d’évaluation passée, la seconde séance de catharsis aurait dû être une séance complète.
Pas de discussion préalable, rien que le tunnel, directement.

Mais cette fois-ci, cela n’a pas fonctionné.

La technique fût en effet différente. Après l’évaluation, je semblais suffisamment réceptif pour une autre technique.
Pas d’hypnose donc, mais une simple musique relaxante. Et surtout des lunettes, opaques, projetant une lumière intense, clignotante, sensée favoriser les ondes alphas du cerveau.

Je n’ai pas pu me détendre. Pas une seule seconde.
A cause de cette nouvelle technique, ou de la situation? Sans doute un peu des deux.

La journée avait pourtant bien commencé. Vacances, levé de bonne heure, empli d’espoir à nouveau, comme si le monde avait retrouvé un peu de sa chaleur.
D. et moi étions partis marcher, la veille. Une longue marche en montagne, comme deux amis.
Se voir, simplement, sans attentes. Laisser les choses se faire, tranquillement.

Quelques contacts, évidemment. Comment ne pas chercher cette main que j’aime tant sentir contre la mienne?
Une journée magnifique, réelle, vraie. Une journée de partage, de joie simple et pure.

Et puis elle s’est approchée, a retrouvé le chemin vers mes lèvres.
Mon coeur s’est arrêté un instant, tant ce baiser était beau.
Inattendu, mais tellement vrai, comme si, finalement, l’amour avait enfin eu raison des doutes, des craintes, et de la folie.

Peut-être n’avais-je pas tout détruit, finalement. Peut-être aurais-je la chance, cette fois, d’accepter mes sentiments, et de les vivre enfin chaque jour, avec elle.

La soirée fut douce, pleine d’espoir, de vie.
Recommencer, les deux, ou plutôt commencer quelque chose de nouveau.
Se montrer tels que nous sommes, simplement. Faire à attention à l’autre, à soi-même.
Ne plus laisser s’installer ces craintes, ces non-dits, cette lente glissade vers le désespoir, vers l’incompréhension.
Prendre le temps, ne pas aller trop vite, recommencer doucement à se découvrir, ou peut-être se découvrir enfin pour la première fois.

Un bonheur tellement intense, que je croyais perdu à jamais, par ma faute, à cause de mes peurs, de ce mal-être que je ne savais expliquer.
Et puis le téléphone a sonné, le lendemain.

C’était D., bien sûr, mais en larmes.
Trop vite, pas assez sûre. Elle ne pouvait pas recommencer. Elle ne voulait pas me faire de mal, était désolée de m’en avoir fait, de m’avoir fait croire qu’il était possible de recommencer.

Et puis la chute, une fois le téléphone raccroché. Sans fin, ni commencement. Une longue descente aux enfers, des mains qui m’arrachent le coeur, une fois encore, alors qu’il venait de recommencer à battre.

Et puis il a fallu partir pour cette seconde séance. Sortir, voir les gens.
Et finalement essayer de se détendre, allongé sur ce divan.

Non, je n’ai pas réussi à me détendre. Je n’ai pas vu le tunnel.
Quelques morceaux d’images, décomposées, sans sujet. Ma pensée qui part en boucle, qui s’observe penser, qui génère autant de nouvelles pensées qu’elle peut, pour les contempler s’observer entre elles.
Impossible d’en sortir. Impossible de sentir mon corps, de s’extraire de cette conscience malade qui se bat pour ne pas lâcher prise.

Episode dissociatif. Parti trop loin, trop vite.
La pensée qui se détache d’elle-même, qui se bloque pour éviter de plonger.
Réflexe de survie, simplement.

La séance fut donc interrompue. Impossible de commencer.
Je n’ai pas compris ce qui s’était passé. J’ai eu mal, honte de ne pas y être arrivé.
Les images avaient été tellement nettes. Et là plus rien. Juste moi qui bloque, à nouveau, qui n’arrive pas à faire taire cette pensée que je laisser me ravager.

Et puis il y a eu la suite. Une suite où j’ai commencé à entrevoir ce qui m’a terrassé, un jour, il y a longtemps, et qui me fait depuis souffrir en silence.

Trop tard pour aujourd’hui. Trop tôt pour réveiller cela.
Cette nuit, j’ai envie de dormir, sans trop y penser. Demain peut-être, si j’en ai l’envie.