Froideur

Aujourd’hui il fait froid.

Mais c’est une froideur qui vient de l’intérieur.
J’ai l’impression de reculer, que chaque jour écorche un peu plus ma volonté.

Les souvenirs, la colère, la douleur, la honte, les reproches incessants avec lesquels je torture un peu plus chaque fois mon esprit.
Je commence à croire que cela ne s’arrêtera jamais, qu’il n’y aura pas de rédemption.

La main qui a soulevé une fois le voile de la verité ne peut plus le laisser retomber; elle reste immobile jusqu’a la mort, tenant toujours ce voile terrible, et l’élevant de plus en plus au-dessus de la tête de l’homme, jusqu’à ce que l’Ange du sommeil éternel lui bouche les yeux.
A. De Musset – Lorenzaccio, III, III

Comment continuer à espérer, comment continuer à faire semblant, alors que je sens cette chose dans ma tête, froide, cruelle, ignoble, prête à exploser en ne laissant derrière elle que tristesse et désolation.

Comment espérer encore avoir des relations normales, en la sentant juste là, derrière ma conscience, à chaque instant, prête à tout détruire à la moindre occasion?
Comment y résister alors que c’est moi-même qui l’ai fait venir à moi, douce folie qui a eu tôt fait de se transformer en monstre indomptable?

Elle fut une amie, je l’avoue, parce qu’aucun espoir n’avait pu jusqu’alors trouver de grâce à mes yeux, que tout fonctionnait donc à merveille selon ses plans.
Et puis une lumière, un ange qui se présente à moi, de la douceur.
Un ange oui, à qui j’ai arraché les ailes.

Je n’en peux plus. Je n’en peux plus de souffrir, je n’en peux plus d’avoir mal, je n’en peux plus de regretter, je n’en peux plus de me faire souffrir, de faire souffrir les autres, de détruire tout ce que la vie a de beau.

J’aimerais me frapper la tête contre les murs, la faire sortir, la faire se taire.
Oublier, oublier le mal que j’ai fait, que je me suis fait. Oublier qu’il est trop tard. Oublier ces moments où j’aurais pu tout arranger, où j’aurais dû être là, ou j’aurais dû lui dire à quel point elle comptait pour moi, avant qu’elle ne détourne les yeux, fatiguée d’avoir trop donné.

J’ai envie d’oublier jusqu’à mon existence, jusqu’à mon âme s’il y en a une.

Aujourd’hui il fait froid. Et aujourd’hui, demain me paraît bien loin.