Me voici parti pour deux mois d’anti-dépresseurs.
Fluvoxamine. Inhibiteur de la recapture de la sérotonine.
Il est vrai que je dois me rendre à l’évidence que je vais mal, que ma pensée seule ne peut pas lutter, pas maintenant, pas encore, pas sans aide et pas toute seule.
Mais je n’aime pas ça.
J’ai pourtant usé et abusé de toutes sortes de drogues, mais le fait de devoir prendre quelque chose chaque jour me dérange.
Je sais qu’il est parfaitement possible que cela m’aide, mais j’ai peur des effets secondaires.
Peur de perdre la maîtrise sur mon propre cerveau. Peur de ne plus arriver à penser, à réfléchir aussi vite.
Cela peut paraître paradoxal que de vouloir à tout prix préserver cette vitesse de pensée, alors qu’elle peut faire autant de mal, rendre tellement incompatible avec les autres, avec le monde.
Mais elle rend aussi bien des services, quand mon esprit est tourné vers autre chose que sa propre destruction.
Plus que ça, j’aime cette rapidité, cette façon de voir les choses autrement.
Je souffre déjà de ne pas me sentir exister, de ne pas savoir ce que je suis, de porter tant de masques différents pour m’adapter aux situations mornes que m’offre cette vie, que m’offrent la plupart des gens.
Quels effets auront ces anti-dépresseurs? Ne s’agit-il pas d’un énième masque, que je vais devoir porter chaque jour, en plus des autres?
A quoi cela sert-il de ne pas souffrir, d’être heureux, de se sentir exister si tout cela est faux et induit chimiquement?
Mais c’était cela ou les neuroleptiques.
Le choix a été vite fait. Je ne tiens pas à éteindre ma conscience, je ne tiens pas à ce que des chimistes fous plongent les mains dans mon cerveau et l’adaptent à leur guise.
Je vais donc essayer. Essayer d’avoir confiance, de penser que peut-être cela m’aidera, sans annihiler ma pensée.
Cela fait également deux jours que je n’ai pas pris de Xanax. Je ne dois plus en prendre.
Et c’est dur. Atroce.
Je sens les angoisses reprendre de la force, retrouver leur perversité et leur tranchant.
Mes nuits sont à nouveau courtes, parce qu’il m’est impossible de trouver le refuge du sommeil.
Je tourne en rond, pendant des heures, en attendant de ne plus avoir la force de me torturer, de repenser encore une fois à toutes ces choses qui font mal, toutes ces choses que j’aurais du faire, tout ce qui aurait pu se passer si je ne m’était pas laissé emporter par la désolation, tout le mal que j’ai fait, tout ce que j’ai détruit.
Je repense à tous ces moments de bonheur, avec elle, qui me semblent si lointains et dont le souvenir fait si mal, à cette lente descente que je n’ai pas su arrêter, à tout cet amour qu’elle a voulu me donner et que j’ai ravagé en quelques mots.
Les mots. Je repense aussi aux miens, ignobles, froids, cruels.
Ces longues discussion où j’aurai simplement du lui dire que je l’aimais, qu’elle comptait pour moi, et où j’ai préférer continuer à détruire.
Et puis aussi ce moment où il a été trop tard. Où je suis revenu, sans me douter que les portes étaient fermées, cette incompréhension qui a fait encore plus mal.
Je la vois et l’imagine dans les bras d’un autre. Imagine ce qu’elle a ressenti, ce qui lui a ressenti. Je pense à cette scène, imagine comment les choses ont pu se passer.
Je n’en peux plus. Je sens le vide s’épancher à nouveau en moi, en pleine journée, à chaque minute, et finalement me terrasser le soir, alors que je n’ai plus la force de lutter.
Le Xanax me manque, oui. Et je ne sais pas si je vais supporter encore longtemps de sentir tout cela remonter en moi.
Sérotonine. Fluvoxamine. Il vaudrait mieux que cela ne tarde pas trop à faire effet.