Retour pénible, difficile de trouver, de voir le tunnel.
Aveugle, je progresse lentement, mes mains contres des parois froides et rugueuses.
Et puis quelques vagues images. Toujours une grotte, mais sombre. Je ne vois qu’à quelques mètres.
Dissociation, à nouveau. Deux tunnels, deux pensées, deux images, en simultané, dans le même esprit.
Un long tuyau. Impressions métalliques. Et toujours la grotte.
Les images se synchronisent enfin. Et me voilà devant un puits.
Il est large. Une dizaine de mètres au moins. Des escaliers qui descendent.
Je les emprunte. Nous verrons bien ce qu’il y a au fond.
Nouvelle dissociation. Je suis dans mon corps, et en même temps en dehors.
Je vois les marches, devant moi, et je vois mon corps qui descend lentement.
En bas il n’y a rien. Quelques toiles d’araignées, de la poussière.
Cet endroit a été oublié.
Je tourne en rond, attendant qu’il se passe quelque chose.
Et puis je distingue une forme.
Des chaînes, vieilles, rouillées. Quelques ossements y sont encore attachés.
Une ouverture, un passage, qui semble sorti de nul part.
Au fond il y a une grille. Des barreaux solides.
Les murs sont inquiétants. Des arrêtes triangulaires, à distance régulière.
Catacombes. Des pilles de crânes, empilés, jusqu’au plafond, qui me regardent de leurs orbites creusées par l’éternité.
Des personnes. Ou ce qu’il en reste.
Dommage. Gâchis. Elles avaient une vie, des sentiments, des projets, un avenir, elle comptaient pour d’autres gens.
Et elles sont là, plus personne ne les connaît, ne s’en souvient, ne s’en préoccupe.
Et en même temps je les envie, et j’imagine être là, un jour.
Tranquille, plus personne pour savoir que j’existe. C’est tellement plus simple de cette façon.
Je reste là, silencieux, à les observer.
Et puis la grille s’ouvre, au fond.
Les ossements s’y déversent, comme aspirés.
Je me retrouve embarqué avec eux. Ils flottent et passent à côté de moi.
J’ai l’impression d’être dans une veine, à contre courant.
Et puis plus rien. Je retrouve les catacombes.
Elles sont vides. Les murs sont arrondis. Mais c’est bien le même endroit.
J’y demeure un instant, mais ce lieu est devenu inutile.
Je remonte.