Je rentre chez moi, couvert de sang.
Nuit passée aux urgences psychiatriques.
Il y a deux jours, la soirée avait pourtant bien commencé.
Repas avec des amis, des vrais. Quelques verres dans un bar. Normal, comme d’habitude.
Et puis ce besoin, cette nécessité plutôt.
J’ai éteint mes clopes sur mon bras. Personne n’a rien vu.
Cela ne fait pas assez mal. Pas assez longtemps. Alors elles ont toutes fini là.
La soirée s’est prolongée. Quatre heures du matin. After improbable et glauque.
Des vautours, ne pensant qu’à baiser notre hôtesse, alors qu’elle était en train de gerber dans le lavabo.
Alors je me suis retrouvé seul, dans la cuisine. Un couteau qui traîne, une occasion à prendre.
Le bras déchiré. Personne n’a rien vu.
Réveil honteux. D. m’appelle.
J’ai du le lui dire. Lui expliquer enfin.
Elle me manque. Je l’aime plus que tout. Je crève de savoir qu’il faudra que je m’éloigne, parce que cela fait trop mal.
Entendre sa voix, envie que tout s’arrête, envie que rien de tout cela ne se soit passé.
Mais ce n’est plus possible. C’est trop tard.
Alors je lui dit adieu, après l’avoir remerciée une dernière fois d’avoir eu la force d’effleurer mon âme torturée du bout de ses ailes d’ange.
Je pleure, et je n’en peux plus. Tout s’accélère, devient vide, confus et illusoire.
Un dernier mail, pour elle. Pour lui dire ce qu’il me restait à lui dire.
Une lame de rasoir qui traîne. Le sang qui s’écoule.
Il y en a partout. Je vais aller trop loin.
Alors j’appelle à l’aide. Taxi, urgences, soins, bandages, entrevue, pendant plusieurs heures.
L’hospitalisation va sans doute s’imposer. Et je crois bien qu’elle sera nécessaire.
Je vois ma psy demain, alors on me laisse quand même partir.
Et puis D. qui appelle à nouveau, en larmes.
Elle ne pensait pas que j’étais encore en vie.
Quelques explications, un dernier «je t’aime», et on raccroche.
Sans doute pour la dernière fois. Le mal est fait depuis longtemps, mais il ne faut pas qu’il s’aggrave.
Alors nous n’aurons plus de contact. Plus pour un moment.
J’ai mal de la sentir pleurer. J’aimerais effacer les blessures, essuyer les larmes qui coulent sur son visage, et la serrer contre moi.
J’ai mal. J’ai honte.
Chaque jour je glisse un peu plus vers la mort. Bientôt il ne restera plus rien de moi, de ma pensée, de mon corps décharné et ensanglanté.
Alors je vais abandonner ce qu’il me restait de fierté, et accepter d’être pris en charge.
Mais cela n’enlèvera pas les regrets. Cela n’enlèvera pas les remords.
Et jamais je ne me pardonnerai ce que je lui ai fait, ce que je nous ai fait.