Le rêve se déroule dans un contexte assez proche de la réalité.
J’habite en ville, dans un appartement situé au rez-de-chaussée. Il faut par contre quand même prendre un ascenseur pour y accéder… Allez comprendre les villes d’aujourd’hui…
En bas de chez moi, il y a un petit magasin, dans lequel je vais souvent faire mes achats. La boutique est tenue par un chinois, une pakistanaise et une européenne, qui du reste me plaît beaucoup. Son visage est doux, et une immense tendresse se dégage d’elle.
Comme à mon habitude, je pète les plombs, me lacère le corps dès que j’en ai l’occasion, me défonce à la poudre. Je fréquente principalement une boîte de nuit, tenue également par trois personnes.
La première est une grosse brute. Des biceps comme dans les films, des tatouages partout, dégageant de la testostérone par tout ses pores. Le genre de personne que, même au plus profond d’un rêve, l’on rêverai de rencontrer la nuit au coin d’une rue mal éclairée…
La seconde personne est plus énigmatique. C’est une femme, que l’on croirait sortie d’une forêt d’Amazonie. Quelque chose de très étrange se dégage d’elle, de mystérieux, d’instable, et de terriblement noir. Son entière personne semble irréelle. On raconte partout qu’elle a été blessée au visage, il y a longtemps, par une flèche qui lui a traversé un orbite et presque fait perdre la vue.
La troisième et dernière personne paraît plus calme, malgré quelques tatouages et un rasage très approximatif… Un côté un peu rock’n'roll et à la fois enfantin s’en dégage.
C’est lui le chef de la bande. Personne ne sait vraiment ce qu’il pense de ses deux associés. Il semble se foutre complètement de leurs côtés retors, que l’on sent empli de mauvaises intentions au premier coup d’oeil.
Même au beau milieu d’un rêve, je ne peux m’empêcher d’analyser la scène, de la décortiquer pièce par pièce, de tenter d’en comprendre le sens holistique et d’y rattacher quelque chose de réel, des faire des rapprochements, alors même que je suis en train de découvrir la situation.
A ce moment précis, pour moi, la brute représente le côté masculin, volontaire, tenace, fort en apparence – sans doute seulement, vil et pugnace.
La femme, quant à elle représente le côté sombre, peu préhensile, adepte des pires tortures sans en laisser voir la moindre marque sur son visage ne dégageant d’ailleurs presque aucune expression humaine connue à ce jour.
La troisième personne est la seule des trois à porter un nom. Il s’appelle Fred. Côté enfantin de ma personne, visiblement, cherchant à contrôler les autres sans se soucier pour autant de leurs infâmes dérives.
Retour au rêve… Mes délires, chimiquement induits, me vont vite remarquer. Mon état général s’aggrave avec la consommation excessive de drogue, et cela se voit, cela se sait.
Finalement, je suis interné, après avoir fini une énième fois dans un état grave, à la limite de la rupture complète.
Un hôpital, près d’une montagne, entourée de forêts. Au calme.
Tout le monde m’aime bien là-bas. Mais personne ne comprend mon état, personne ne comprend comment quelqu’un peut s’infliger cela, garder toutes ces cicatrices. J’ai de si beaux yeux, me disent-ils. Pourquoi les gâcher de la sorte?
La fille du magasin que j’aime bien est là, elle aussi. Je ne sais pas pourquoi. Mon ex-copine A. vient me trouver. Elle vient de quitter son compagnon, et se fait du soucis pour moi. Je vois dans ses yeux un espoir que je sais brisé à tout jamais. Celui d’être avec elle, en vie, et heureux.
Je m’étonne un peu de la voir dans ce rêve. Je me serais plutôt attendu à D. A. représente sans doute un peu mieux la peur de l’abandon, sans explication aucune.
Il y a également un transsexuel, gothique qui plus est, qui n’arrête pas de me faire des avances, inespérées évidemment. Je le laisse s’approcher de moi, me toucher, et me regarder me détruire. Ça lui apprendra.
La fille m’aime visiblement bien également. Nous nous promenons ensemble, dans les forêts avoisinant l’hôpital.
Une de ces promenade est d’ailleurs interrompue par des coups de feu. Bagarre, entre truants, dans une gare. Je dois traverser les rails, pour la rejoindre, la prendre dans mes bras et la rassurer, la protéger. Je traverse donc, sous les balles qui sifflent en passant au dessus de ma tête. Elle hurle, pense que je vais mourir, comme son ancien compagnon.
Un soir je m’ouvre les veines, sans raison, sans explication. Je me réveille aux urgences, arrache les cathéters, les perfusions, et essaie de recommencer.
Tant qu’à faire, mon ex-compagne et désormais amie L. m’envoie des suppositoires à l’héroïne, et un peu d’herbe, cachés dans une grenade (le fruit), qu’elle m’envoie par la poste. Juste au cas où, si je n’arrive plus à m’endormir par moi-même.
Je finis par rentrer chez moi. Je présens quelque chose de malsain avec la ruche, principalement avec la brute et l’amazone.
Je revois un ami de longue date, M., fragile lui-aussi. Il oublie son chien dans mon appartement.
Mon ex-copine A. s’installe chez moi un moment. Mais ce lieu est sans dessus-dessous. Difficile de le faire visiter à sa mère, qui ne rêve que de petits-enfants. Je ne l’aime pas. Elle est folle et stupide.
Difficile de cacher mon coprs mutilé. Je n’en peux plus de ces marques, ni du bordel qui règne autours de moi.
Il faut que je range, que je pense à nourrir le chats, que je donne à boire au petit palmier, dont une des branche est déjà toute sèche.
Je commence donc par nourrir les chats. Du fromage, du lait, du saucisson, du jambon de Parme. Ils n’ont pas l’air d’aimer…
Alors j’inverse les liaisons chimiques de quelques molécules. Intéressant. Cela semble transformer visiblement les aliments. Le plat est plus onctueux. Les chats mangent.
Ils ont d’ailleurs trouvé un nouveau jeu. Floyd a trouvé une chatière, faite de verre, en dessus de la porte d’entrée. Je la retrouve un soir dans le couloir, sans comprendre comment elle est arrivée là.
Elle ressemble au chat de D. Elle me ramène une souris, vivante, qui a désormais fait de mon appartement son logis.
Un soir, lorsque je rentre chez moi, les deux ascenseurs s’ouvrent, simultanément. Mes deux chats en sortent, l’air satisfaits. Ils ont compris comment les ascenseurs fonctionnent, comment les utiliser pour sortir.
Je m’efforce de les faire entrer à nouveau dans l’appartement, et découvre le chien de M. Je dois les séparer.
La vie reprend ses droits, retrouve son inutilité, son ignoble lenteur, tellement fatigante. Quelques coucheries avec A., même si je me sens sale de faire ça.
J’ai peur de la perdre à nouveau, peur de lui faire peur avec mon corps torturé par le non-sens, couvert des pires cicatrices.
Et tout recommence. Je continuer à me défoncer. La brute et l’amazone m’abordent un soir. Ambiance malsaine, mais qui est pourtant bien réelle.
Ils ont cette fois quelque chose contre moi. Ils veulent me faire du mal, me rendre la vie impossible. Histoires d’argent, de dettes visiblement.
Pour m’en sortir, je dois tuer le frère du chinois de la boutique, qui aurait fait du tort à Fred. Je dois lui ramener sa tête.
Je ne veux pas. Mais j’accepte le marché. Je n’ai pas le choix.
J’ai l’intime conviction qu’ils essaient de me piéger, que la police m’attends là-bas, qu’ils ont l’intention de voler mon identité et de m’en donner une autre, afin que je sois enfermé à vie.
Je m’étonne d’analyser tout cela aussi vite, en plein rêve.
Mais je n’ai pas le choix. Je me rends donc au domicile du frère, pour exécuter ma sinistre besogne.
Une femme m’y attends. Terriblement belle, l’air décidé. Elle dégage une impressionnante impression de contrôle sur les choses, sur la situation. Elle l’a déjà tué et m’offre sa tête, encore toute ensanglantée, quelques morceaux de cervelles qui s’évadent lentement. Elle me dit avoir elle aussi été forcée à me rendre ce service. Je lui suis donc redevable. Il faudra donc que j’apporte la tête au frère, pour qu’il puisse lui rendre ses derniers hommages, pour qu’il puisse l’enterrer.
La tête est petite, rétrécie, et je la mets dans ma poche. Elle repose sur une plaque de verre, et flotte dans un liquide blanchâtre.
La cervelle est visible par endroit, et je manque plusieurs fois de vomir en la regardant. Ses verres de contact flottent dans le liquide. Ses yeux sont ceux d’une poupée, atrophiés.
Je l’ai tué. Ça y est. Je l’ai fait. Plus de retour en arrière possible.
Je m’en vais, en prenant mille précautions, mille détours pour ne pas être suivi. L’amazone sais que je l’ai tué. Elle donne rendez-vous à Fred, qui arrive au petit matin, dans une Ford Mustang rouge vif.
Je lui montre la tête. Il a l’air désolé. Désolé pour moi, que cela me soit tombé dessus ainsi. Mais c’est comme ça. Je n’avais qu’à pas faire le con. Cela m’apprendra, assurément.
Fred semble content, finalement. Il annule toutes mes dettes en me faisant pirater le terminal de paiement de la banque, avec un algorithme de compression récursif, qui efface progressivement mes dettes, contenues dans un arbre binaire, jusqu’à ne plus rien laisser. Tout ceci à l’aide de fonctions exponentielles et logarithmiques. Fibonacci n’est pas loin… Il fallait bien que je rêve aussi un peu de cela…
Je rentre finalement chez moi. Je vois mon ami S, lui raconte toute l’histoire.
Je suis défoncé à l’hélium, habitude que j’ai prise depuis notre voyage en antarctique, pour retrouver les réfugiés de la grande guerre. Je me retrouve donc collé au plafond, sans pouvoir en redescendre, sans pouvoir emplir à nouveau mes poumons d’air.
S. n’aime pas me voir dans cet état, et doit calmer mes voisins que je dérange trop souvent.
Il m’annonce que mon frère a également des problèmes, et qu’un matin, il sera peut-être soit mort, soit en prison pour le restant de ses jours. S. lui aussi a des problèmes avec la ruche. Pire encore que le miens. Il doit lui tuer son propre frère.
Nous prenons un moment à contempler un tableau du système solaire, que j’ai accroché au mur. Le soleil, un grand hexagone, se trouve au centre. A côté, il y a deux carrés, Neptune et Pluton, et deux octogones, Saturne et Jupiter. En bas, deux petits pentagones, la terre et Mars.
Ce tableau, ce détail, semble insignifiant, mais je sens dans mon sommeil, dans mon propre rêve, qu’il est chargé de symbolique, qu’il veut dire quelque chose.
Pendant ce temps, la brute est fière de moi, fière de mes actes insensés. Il raconte partout comment j’ai tué le chinois, comment je lui ai tranché la tête, alors qu’il respirait encore.
Je me rends donc chez le frère, comme promis, pour lui remettre la tête. Je m’attends à ce qu’il me tue, de rage.
Mais non. Il a l’air de comprendre. Il apprécie même que je sois allé au bout de cette démarche, bien qu’elle lui ait fait perdre son frère. Il est content de pouvoir rendre un dernier hommage à la tête rétrécie de son frère.
Je re-croise l’indienne, qui essaie timidement de me parler. Je comprends à demi-mots qu’elle à les mêmes problèmes que moi, qu’ils font subir cela à tout le monde.
Elle me dit qu’elle ne veut pas tuer. Je comprends qu’elle aimerait que je le fasse à sa place. Après tout, je l’ai déjà fait une fois… Cela ne devrait pas changer grand chose pour moi.
Je fais semblant de ne pas comprendre. Nous sommes suivis, écoutés par les passants. Des espions de la ruche.
Elle l’a remarqué elle aussi, alors elle se tait.
A la maison, A. se fait de plus en plus de soucis depuis le meurtre. Elle a vu la tête, et les verres de contacts sont tombés dans son assiette, lui coupant définitivement l’appétit.
Elle vient chez moi chaque soir. Je la sens triste de me voir ensanglanté, couvert de toutes ces meurtrissures qui semblent ne jamais s’estomper. On baise un peu, mais toujours avec une certaine tristesse. J’ai toujours aussi peur de lui faire peur, de la perdre encore une fois, qu’elle s’en aille et me laisse seul à nouveau. Elle est mon seul lien avec la réalité.
Mais je vais devoir partir encore une fois de chez moi. Interné, à nouveau, ou nouveau voyage en antarctique avec S.? Je ne sais pas trop.
S. m’aide à faire les rangement nécessaires, à publier les dernières RFCs qui trainent. Ma mère va venir pour les chats. L’appartement doit être propre. M. vient d’ailleurs rechercher son chien, enfin. A. m’aide aussi un peu dans les rangements, même si je n’aime pas qu’elle voie tout cela.
Pendant ce temps, je continue à me shooter à l’hélium, et me retrouve constamment accroché au plafond. Tout n’est pas terminé, mais ma mère vient quand même me chercher. Il est visiblement temps.
S. rechigne un peu à cautionner ma consommation d’hélium, mais temporise un peu et accueille ma mère à ma place, pendant que je m’efforce de redescendre du plafond.
Quelques problèmes de téléphone sur le parking, je n’arrive pas à trouver la voiture tout de suite. Une dernière visite à la petite boutique en base de chez moi, pour acheter des croquettes pour les chats, et des clopes pour moi.
Un dernier regard à l’indienne. Je sais qu’elle n’a toujours rien fait, qu’elle est toujours empêtrée dans les mêmes problèmes. Je ne vais rien pouvoir faire pour elle. La route s’allonge. Je me réveille.