Je ne sens plus de colère en moi. Il y a juste de la tristesse.
Et c’est pire.
Quand bien même la colère est destructrice, elle maintient en vie.
Elle rappelle nos pires instincts, hérités par des siècles de désolation, et nous force à nous battre encore, sans en demander la cause.
Il n’y a plus que des mensonges, des visages qui ne veulent plus rien dire, qui s’effacent lentement.
Je me sens seul seulement avec les autres, mais tout cela aussi glisse lentement.
Je deviens un de ces autres, un étranger pour moi-même.
Et au final je commence à me sentir seul aussi en moi.
Une grande vague, qui submerge tout, dont le seul reflux ôte à la vie ce qu’elle pouvait avoir de beau, de vivant.
Toutes ces choses sont en nous, la colère et la compassion, la joie et la tristesse.
Les facettes d’un même visage que personne ne reconnaît.
Une seule trace, infime. Cette énergie n’est pas à nous, nous sommes seuls.
Nous nous battons sans cesse pour exister, mais l’existence n’à que faire de nos âmes qu’elle avale, lentement.
Plus rien. Juste les vagues.
Le flux et le reflux, la vie et la mort.
Et une plage désolée, et désespérément vide.