Permission & asperges…

En permission cet après-midi, ce soir, cette nuit…
J’ai été sage.

Et je dois dire que je me sens effectivement mieux.
Sans-doute est-ce le changement d’anti-dépresseur, et le nouveau neuroleptique, que je tolère désormais.

L’on me demande même si je fais partie du personnel médical…
Toujours cette putain d’empathie, toujours cette souffrance, lorsque quelqu’un d’autre souffre.

Mais il y a peut-être une nouvelle explication à cela. Tout semble en effet beaucoup plus clair avec cette nouvelle information.

Syndrome d’Asperger, à très petite dose bien évidemment.
Bienvenue dans le monde de l’autisme.

Une courte séance avec la psychiatre de l’hôpital, que me dit pencher vers ce diagnostic.
Elle me parle de cela, et je n’en crois pas mes yeux.

Je ne sais pas encore si c’est le cas, des tests doivent être faits, mais j’ai rarement entendu quelqu’un parler de moi avec une telle véracité, une telle clairvoyance.
Peut-être est-ce donc le cas.

J’en ai parlé à ma mère, et elle aussi semble voir les chose de manière beaucoup plus nette, semble les comprendre.
Cela réveille aussi beaucoup de souvenirs de mon enfance.

Ma façon d’être, d’appréhender le monde extérieur, les autres, moi-même.
Et je sais que mes parents se sont posés la question, un jour, désemparés devant mes réactions.

Autiste? On me l’a souvent dit, pour plaisanter. Et je sais aussi, toujours en plaisantant, que j’ai un côté autiste dans ma façon d’agir, dans mes passions, ma vie avec moi, désincarnée, et aussi ma vie avec les autres.

Tout ce que j’aurais appris, socialement parlant, ne serait que du mimétisme.
Peut-être est-ce en effet pour cela que je passe si bien en société, et qu’au fond de moi je ne me sens si seul.

Sans les autres je n’existe pas. Sans mon reflet dans leurs yeux, je me perds aux confins de l’univers, totalement désincarné, chaque neurone flottant à des années lumières des autres.

Je ne sais quoi en penser, mais cela me parle tellement.
J’ai l’impression de me voir avec de nouveaux yeux, et d’avoir un peu moins peur de mes réactions, sachant qu’elles sont peut-être conditionnées par cela.

Une légère pensée à D., tout de même.
Educatrice spécialisée dans le handicap psychique, travaillant tous les jours avec des borderlines, et dont le travail de fin d’études portait sur l’autisme.

Du coup, je ne sais pas trop, si le diagnostic venait à se confirmer, si je vais en rire, ou en pleurer…

Mais laissons cela pour un autre jour.
Cette journée m’appartiens, et je ne laisserai personne, pas même D., venir la gâcher avec d’âpres souvenirs.